Dimanche 13 septembre 2009 7 13 /09 /Sep /2009 11:00

En qualité d'ancien salarié de cette entreprise dans laquelle les suicides de salariés deviennent inquiétants, je me dois d'apporter mon soutien à cette détresse salariale provoquée par les mots clés du libéralisme : rentabilité, profits, concurrence ... et donner mon analyse de cette situation.

Nombreux sont les salariés de cette ex-administration (les PTT), qui comme moi sont entrés par concours dans un service public avec le sens implicite d'alors et avec la garantie de l'emploi liée au statut de fonctionnaire.
Depuis l"usager" est devenu un "client" avec des conséquences positives ou négatives selon l'angle d'observation et les choix politiques dans lesquels on se situe.
J'ai vécu et même accompagné, explicité auprès des équipes ces passages d'"administration" à "entreprise" confrontée de plus en plus durement à une concurrence impitoyable. Mais je pense que le mauvais virage sur le plan managérial et tout simplement humain s'est opéré à partir des années Thierry BRETON.
La période Michel BON, fut celle du changement fondamental de ce passage du service public à l'entreprise. Malgré de nombreuses résistances internes, le personnel était entré dans cette nouvelle logique par une méthode qui respectait les individus et ouvrait la voie d'une implication de chacun.
C'était l'heure du "management participatif", du "renversement de la pyramide" qui faisait que "la hiérarchie devait être au service de ceux qui servaient le client", de la stratégie locale, de l'écoute client, de la décentralisation des moyens et des objectifs, du fonctionnement de groupes de travail où se retrouvaient techniciens, gestionnaires et vendeurs... le changement ne s'opérait certes pas dans l'euphorie, certains changements de métiers équivalaient presque aux conséquences de l'annonce d'une fermeture d'usine, mais globalement il était intégré car il subsistait un "SENS" à l'action de chacun là où il se trouvait en poste.

L'explosion de la bulle internet et de mauvais choix financiers conduisirent  France Télécom presque à la faillite et le grand chevalier blanc Thierry Breton changea totalement le mode de management : hyper centralisation, énormes plates-formes de tout type, éloignement du management décisionnel des équipes, réduction des effectifs, objectifs toujours plus ambitieux avec des process de plus en plus déficients; le culte du résultat sans respect des hommes et des femmes qui y participent; pression et menaces sur la ligne managériale et des concepts du style "seul le changement est permanent", des réorganisations qui effectivement se succèdent à un rythme insoutenable, l'impossibilité de se projeter dans de nouvelles perspectives professionnelles car trop éphémères !

Tous les collègues encore en activité que je rencontre me font part de ce sentiment de n 'être plus que des pions, des producteurs de résultats, me disent leur inquiétude de se retrouver " sur le marché de l'emploi", de devoir "consulter la bourse des emplois " qui impliquent soit de quitter l'entreprise pour d'autres postes dans la fonction publique (où ils se doutent bien ne pas être attendus à "bras ouverts"), soit de se lancer en créant son "job" dans un marché en crise, ou soit de devoir quitter le département avec toutes les conséquences familiales d'une décision imposée. Et l'encadrement de proximité qui pouvait encore jouer le rôle d'amortisseur se trouve aussi confronté à ses mêmes contraintes et aux mêmes conséquences.

De telles successions de déstabilisations, de telles incertitudes sur son devenir, le stress de la pression des objectifs, le sentiment de ne plus être utile au sein de l'entreprise ... sont autant d'ingrédients qui rongent et peuvent conduire à  des dégradations psychologiques, à des relations tendues en famille jusqu'au suicide ...

Si la responsabilité des cadres dirigeants est réelle,et induite par un système ultra libéral, il ne faut pas négliger cependant les comportements que nous avons tous de plus en plus, de "client exigeant" qui en situation d'insatisfaction, se défoule sur le premier interlocuteur qui se présente et qui n'est autre que le salarié dont je parlais ci dessus !!!


suit la TRIBUNE ENVOYEE A L'YONNE REPUBLICAINE,

23 suicides à France Telecom

 

Qu’avez-vous fait de cette maison dans laquelle j’ai été heureux de travailler pendant toute ma carrière ? ou presque !

La fierté d’appartenance « aux télécoms », à cette administration qui a réussi sa mutation nécessaire de par les évolutions rapides des technologies et un marché concurrentiel mondial, s’effondre lorsque le « mal-être » du personnel s’exprime par un nombre de suicides anormal.

Dans un long article sur mon blog, j’en donne quelques explications que je synthétise dans cette tribune.

L’évolution de France Telecom, d’administration à entreprise était nécessaire et le premier pas a été fait sous un gouvernement de gauche avec Paul QUILES en 1990.

La mutation s’est effectuée avec de grandes concertations et la période Michel BON donnait du SENS et des responsabilités au niveau des équipes par une forte décentralisation.

En s’adressant à l’encadrement, il indiquait « vous devez être au service de ceux qui servent le client »… management participatif, écoute, groupes de travail entre salariés de divers services… il y avait du respect envers les salariés malgré de nécessaires changements à opérer, parfois douloureux.

Puis la bulle internet explosa, France Télécom frôla la faillite et Thierry BRETON changea totalement le logiciel managérial : hyper centralisation, management directif, concentration du personnel sur de grosses plates-formes téléphoniques, suppressions de poste avec la consigne « à chacun de se chercher un nouvel emploi », avec l’idéal !! « d’aller voir ailleurs ». Pour ceux qui restent, s’applique le management par le chiffre : dépassement d’objectifs, productivité, rentabilité, profit,  parts de marché . D’où ce sentiment exprimé quand je rencontre les collègues de « n’être plus que des pions », les « ressources humaines » sont des « charges à réduire », absence de visibilité sur son devenir à plus de six mois, aucune certitude de stabilité en cas de déplacement. Et la hiérarchie de premier niveau souffre aussi, contrainte et menacée, prise entre des dirigeants très éloignés, des salariés démotivés et des clients toujours plus exigeants ou mécontents.

Ces conditions de travail qui induisent « le chacun pour soi », le repli sur soi, la démotivation, l’insécurité, la perte de confiance en soi, puis des comportements conflictuels avec ses proches, conduisent en effet au pire. Ce ne sont pas quelques consultations « psy » qui règleront cette problématique, le vaccin n’existe pas contre ce virus. Seule une gouvernance à l’écoute et respectueuse de ses salariés peut rétablir la confiance et l’espoir.

 

 

Guy PARIS

Conseiller Général Auxerre Sud Ouest

Parti Socialiste

www.guyparis-auxerresudouest.net

 

 

Par Guy Paris - Publié dans : SOCIAL
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